Vision de l'ïle

Publié le par Nathalie Ronfola

Vivre sur une île c’est se retrouver face à soi-même. La frontière géographique délimitée par la mer est comme mon cerveau avec sa capacité à extraire un imaginaire, en même temps qu’à étudier un monde terriblement humain et fermé.

Face à la mer, je suis face au néant et à l’éternité. Les deux pieds rivés au sol, je me dois de tenir le cap de l’immobilisme et de l’isolement. Je n’ai besoin de rien d’autre que de la bienveillance pour mon prochain, du pain pour l’estomac, et un toit pour la tête. Mes yeux ont graver les images subliminales d’une propagande médiatique déversée sans comptée, sans qualité et sans élégance souvent, depuis des années. Dorénavant, ils n’aspirent qu’à se calquer et se poser sur l’horizon azur, comme on se couche sur un matelas d’angoisses et de larmes, tel un ennemi maîtrisé.

Sur le rocher enraciné, je parcoure des paysages changeants, traverse des chants de nature et d’hommes marqués du sceau de l’île: un trou noir dans le bleu marin à la surface de la planète. Et dans ce trou je me sens bien, parce que je n’y suis pas seule. Je sais qu’ils savent et ils savent que je sais. Quoi donc ? La Limite. Celle qui nous Tient Ensemble. C’est notre chien de berger le plus pacifique. A quoi bon les aboiements et les morsures  pour évoluer sur cette Terre interactive, quand la Nature est notre Dieu, le discernement notre Sauveur.

Je plonge dans ce trou comme je plonge en moi-même. Pour m’y retrouver et pour m’y perdre aussi.

Là, personne d’autre que moi ne saurait être responsable de mes errances ou de mes chimères. Lovée dans cette matrice, je règle seule son compte à ma vie, sans échappatoire. Là, je suis à nouveau un petit corps d’enfant qui pousse dans le ventre d’une mère, vierge du dehors, sans entraves.

Je renais dans un Paradis figé d’une Beauté presque insoutenable, chuchotant à mon oreille son Eternité, quand moi-même j’aurai fait Mon Temps. Il ne tient qu’à moi de m’expulser de cet endroit provocant. Faudrait-il sortir de mon trou pour sauter dans un autre plus grand, plus peuplé, plus diversifié ? Est-ce vraiment cela le plus important lorsque je prétends me rapprocher de mon prochain et de ma propre nature ? Rester ou partir. Telle est la question qui ne s’impose pas.

Je ne peux me résoudre à franchir la mer comme on franchirait le pas. Parce qu’il me plait de penser encore aujourd’hui, comme lorsque j’étais enfant, qu’en marchant sur la terre ferme, seule la poussée de mon talon fait tourner la planète, comme les milliards d’autres talons qui font se tenir les hommes debout. Libres.
Une îlenne

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Sandrine 08/12/2006 17:40

En extase face à ces jours lumineux que m'offre cette terre sacrée ou je suis venue me perdre pour me retrouver, je redécouvre cet imaginaire infantile qui m'a quitté il y'a bien des années.
Naissance de visions d'horizons lointains et diverses, c'est la beauté des sites que je contemple et que j' encre dans mon esprit qui génèrent un sentiment d'existence profonde à ce monde naturelle réelle accompagnée à la fois d'un sentiment de rêves imaginés dans un futur utopique. La liberté.

HEBAKE 14/12/2006 10:41

Merci Sandrine pour cette très jolie intervention. Nous espérons ta présence au colloque le samedi 2 et le dimanche 3 juin à l'hôtel CORALIA de  Porticcio.