Ile labyrinthe

Publié le par HEBAKE

Le terme labyrinthe provient de la mythologie grecque, où il désigne la série complexe de galeries construites par Dédale pour enfermer le Minotaure. De nombreuses autres cultures et civilisations ont cependant utilisé ce motif, depuis les temps préhistoriques jusqu'au Moyen Âge, où les labyrinthes se retrouvent dans les églises.
Le labyrinthe du Minotaure construit par Dédale se serait situé en Crète, sur l'île du roi Minos ; c'est en effet sur l'ordre de ce roi qu'il fut construit, afin d'y faire enfermer la créature monstrueuse née des amours de la reine Pasiphaé et d'un taureau. Les recherches archéologiques faites en Crète sur les palais minoens, notamment celui de Cnossos, révèlent des constructions étendues, dont le plan d'ensemble est complexe. Le mythe du Labyrinthe pourrait n'être qu'une transposition de cette complexité architecturale ; par ailleurs, les Crétois vouaient un culte au taureau. Etymologiquement, le mot dériverait du terme labrys qui désigne une hache, plus exactement une double hache comme celles dont a retrouvé des reproductions gravées dans la pierre à Cnossos.
Le mythe du Labyrinthe est une double représentation de l’Homme et de sa condition :
    * Il est d’une part la représentation de l’Homme obscur à lui-même, qui se perd en essayant de se connaître. Il symbolise l’âme humaine dans toute sa complexité, en proie au mal (incarné par le Minotaure, être monstrueux). Toute rencontre avec le monstre se révèle fatale.
    * Il représente d’autre part l’Homme face à l’univers : il est perdu, ne sait d’où il vient, où il est, où il va, et cherche à sortir de cet état, c’est-à-dire à trouver les réponses à ses questions.
Seules trois personnes ont réussi à en sortir selon la légende :
    * Tout d’abord, Dédale et son fils Icare. Ils y furent, selon les versions, enfermés par Minos lui-même, le commanditaire de l’ouvrage, qui voulait être certain que son créateur n’en évente pas les plans. Or la conception était tellement parfaite que l’architecte lui-même était bien incapable d’en trouver la sortie. Il dut recourir à un ingénieux stratagème : fuir par les airs, en s’élevant grâce à des ailes faites de cire et de plumes.
    * Thésée, venu en Crète pour tuer le monstre. Ariane, fille de Minos, s’éprit du jeune homme ; au moment où il pénétrait dans le Labyrinthe, il reçut d’Ariane une pelote de fil qu’il déroula au fur et à mesure qu’il avançait et qui lui permit de retrouver son chemin, une fois sa mission accomplie (le fameux « fil d'Ariane »).
Le Labyrinthe est ainsi la matérialisation de la question du sens de la vie : l'envol de Dédale et Icare peut symboliser l’élévation de l’esprit vers la connaissance ou celle de l’âme vers Dieu, qui permet de sortir de l’absurdité de la condition humaine. De même, l'amour pour un autre être (Ariane pour Thésée) permet de donner un sens à la vie. Cependant, la destinée humaine reste fragile :
    * Ainsi, Icare, que la fougue de la jeunesse grisa, se rapprocha trop près du soleil (symbole de la connaissance, de la lumière, de la vérité) malgré les appels éplorés de son père. La chaleur fit fondre la cire, et le malheureux tomba dans la mer et se noya.
    * Quant à Thésée, il quitta la Crète, emmenant Ariane avec lui, mais l’abandonna bientôt sur l’île de Naxos. Selon la légende, le désespoir d’Ariane fut tel qu’elle se jeta dans la mer. Une autre légende raconte que le dieu Dionysos, la trouvant endormie, en tomba amoureux et l’épousa.
Aspects du labyrinthe :
La légende grecque reprend quelques aspects du mystère égyptien : la mort, la possibilité d'égarement, le fil conducteur, et la notion de non-retour. Mais la comparaison s'arrête là. En effet, autant pour les Egyptiens, le plus important était d'atteindre le centre, autant pour les Grecs, il importait de revenir.
Au IVe siècle, en 324 exactement, on rencontre déjà un labyrinthe qui se déployait dans le sol de la basilique chrétienne San Reparatus à El-Asnam en Algérie. Il faudra attendre le VIe siècle pour voir apparaître des labyrinthes d'églises en Europe, où le plus ancien se trouve à San Vitale de Ravenne en Italie. Mais le symbole hautement païen du labyrinthe est abandonné durant tout le Haut Moyen Âge, pour n'être repris qu'au XIIe siècle. Ce trait est devenu commun à bon nombre d'églises, et de la plupart des grandes cathédrales d'Europe. Les plus vastes se trouvent dans les cathédrales françaises : Poitiers, Amiens, Arras, Auxerre, Reims, Bayeux, Chartres, Mirepoix, Saint-Omer, Saint-Quentin, Toulouse. Le labyrinthe y est toujours situé du côté ouest, la direction d'où viennent les démons (l'ouest étant la direction de la mort). Ne pouvant se déplacer qu'en ligne droite, ils étaient ainsi piégés avant d'arriver au chœur.
La plupart de ces cathédrales ont été construites par des ouvriers spécialisés, appelés compagnons, réunis en confréries ou fraternités. À cette période, il existait trois fraternités : les Enfants du Père Soubise, les enfants de Maître Jacques, et les Enfants de Salomon liés à l' Ordre du Temple. Ces derniers ont laissé sur les pierres ou les poutres, quelques signes gravés qui sont leurs signatures.
Les anciens noms français utilisés pour désigner ces types de labyrinthe étaient :
« dédale », du nom de son inventeur, « méandre » et « chemin de Jérusalem ». Le centre du dédale était lui nommé « paradis » ou encore « Jérusalem ». Il est fort vraisemblable que ceux-ci étaient « enfilés » réellement par des pénitents qui mimaient un pèlerinage en Terre Sainte, ce qui remplaçait un pèlerinage pour les pauvres. Les sinuosités, les détours devaient symboliser les tribulations de la vie chrétienne. Le dédale était une représentation optimiste de la sanction finale, car il ne comportait quasiment jamais d'embranchements, ni boucles, ni culs-de-sac.
Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres, est un imposant labyrinthe de 12 mètres de diamètre, son dessin sur le sol a une signification complexe, et résulte d'une opposition de pavages blancs et bleus. Le centre était autrefois orné d'une plaque de cuivre représentant Thésée, Dédale et le Minotaure (retirée en 1793 pour fondre des canons pour la République). Un psaume se déroule sur les 150 m de son parcours. Autour du centre, les couloirs se déroulent en onze cercles : le chemin de Jérusalem ainsi représenté n'atteint pas la perfection, symbolisée par le nombre 12. Les déambulations des croyants lors de son parcours symbolique, un véritable chemin spirituel, sont l'occasion d'une introspection. Ils suivaient le tracé sans réellement contrôler la direction, commençant par se diriger droit au but, vers le centre, avant de s'en éloigner, forçant ainsi le fidèle à de multiples détours.Le labyrinthe n'est pas visible tout le temps, des bancs étant placés sur le dallage. Mais le vendredi, de Paques à la Toussaint, il est découvert et les fidèles peuvent y déambuler. La basilique de Saint-Quentin propose aussi, sur son pavé, un beau labyrinthe déambulatoire.
Le labyrinthe de la cathédrale de Reims, qui était remarquable, fut détruit en 1779 à cause du bruit généré par les jeunes fidèles qui s'amusaient de ces dédales pendant les offices.
Quelques labyrinthes ont ainsi été découverts, leur forme divergeant les unes des autres. Mais la structure dite "officielle" du labyrinthe d'église est une forme circulaire à onze anneaux concentriques.Depuis l'Antiquité, le cercle est le symbole de l'éternité, de l'infinité et par conséquent, de la puissance de la Divinité. Il est aussi le symbole du soleil, et ce dernier, pour le christianisme, n'est autre que le Christ.
Selon un manuscrit hébraïque datant du XVe siècle, la ville Jéricho serait formée de sept cercles concentriques (symbolisant les sept murailles de la ville) et créerait un labyrinthe.
Le site Stonehenge serait, selon l'écrivain Jorge, un labyrinthe avec plusieurs sorties. L'Île de Malekula (nord-est de la Nouvelle-Calédonie), possède de nombreux labyrinthes.Le centre de ces derniers, utilisés dans des rites sacrés, symbolise le passage entre le monde des vivants et des morts.
Approches initiatiques :
Le labyrinthe est un archétype de la Connaissance. Son itinéraire se situe entre les Cornes du Monstre que l'initié doit affronter. Son parcours est un chemin d'épreuves correspondant à l'imagerie symbolique d'un pont à traverser. Ce pont archétypal est dénommé, dans la tradition mazdéenne Pont de Cinvat. Il sépare deux univers selon Henry Corbin. Le passage d'un univers à l'autre s'effectue aux prix de cette traversée qui s'accomplit selon des stratégies précises, où rien n'est laissé au hasard, à l'image de la Sortie d'Égypte. Les directives devant mener à la sortie du labyrinthe sont consignées dans les rites et traditions.
Labyrinthes parfaits et labyrinthes à îlots :
Un labyrinthe est une surface connexe. De telles surfaces peuvent avoir des topologies différentes : simple, ou comportant des anneaux ou îlots...

Pour en connaître plus, il vous sera agréable de participer au colloque "Iles. Expressions de l'imaginaire."

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