La perception de l’île par l’insulaire et par l’étranger

Publié le par Bláithín CONNEELY-ALLAIN

Liam O’Flaherty et Flann O’Brien écrivaient entre les années 20 et les années 60 du siècle dernier, en pleine période de renaissance de la littérature gaélique et anglo-irlandaise. Leur écriture fait apparaître les paradoxes de cette époque-clef de la décolonisation. Cette étude analysera l’aspect bilingue ainsi que la dimension insulaire de l’oeuvre des deux écrivains. Bilinguisme et insularité sont liés de manière très étroite. O’Flaherty, originaire des îles d’Aran, écrivait des nouvelles bilingues tandis que Flann O’Brien, né en Irlande du Nord est l’auteur d’une oeuvre unique en langue gaélique : An Béal Bocht (The Poor Mouth) 1, parodie du récit autobiographique des insulaires.
Il convient, dans le contexte de cette étude, de définir tout d’abord la nature géographique de l’île. Il s’agit ici d’îles de quelques kilomètres carrés, situées sur la côte ouest de l’Irlande. Ce sont des îles périphériques, difficiles d’accès et dont la langue reste, jusqu’à nos jours, le gaélique. Ces îles, comme toutes les cultures insulaires, ont vécu une histoire conflictuelle avec l’extérieur. Conscient de sa fragilité, l’insulaire dépend de l’Autre (de l’étranger), tout en le reniant. Les liens de sang sont forts, la tradition pèse et l’insulaire a tendance à se replier sur lui-même. Si l’île représente un espace rêvé pour l’étranger, l’insulaire, quant à lui, reste partagé entre exil et enfermement. L’île fait preuve d’une culture double, perçue à la fois de l’extérieur et de l’intérieur, à travers ces textes écrits dans deux langues. Nous proposons d’analyser ici la dialectique qui existe entre l’insulaire et l’étranger et entre le gaélique et l’anglais : autrement dit la dialectique entre la voix narrative et le registre linguistique dans l’oeuvre des deux écrivains. Nous commencerons par l’analyse de l’oeuvre de langue anglaise d’O’Flaherty et procéderons par la suite à l’étude de l’oeuvre écrite en gaélique d’O’Flaherty et O’Brien. Nous terminerons par la question de la traduction qui souligne cette dialectique. (...)

Par Bláithín CONNEELY-ALLAIN Université de Bretagne Occidentale (Brest)
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