Les Fleurs du mal

Publié le par Baudelaire

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Parfum exotique, pp. 71-72

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Publié dans iles

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I
Baudelaire a mieux que tout autre traduit les effets de sa rencontre avec l'univers insulaire de l'océan Indien : <br /> « Si (...) je prends un homme du monde, un intelligent, et si je le transporte dans une contrée lointaine, je suis sûr que, si les étonnements du débarquement sont grands (...) la sympathie sera tôt ou tard si vive, si pénétrante, qu'elle créera en lui un monde nouveau d'idées, monde qui fera partie intégrante de lui-même, et qui l'accompagnera, sous la forme de souvenirs, jusqu'à la mort » Quant au parfum exotique qui émane de ces rivages heureux, il est indissociable des femmes aperçues, rencontrées et connues lors du voyage initiateur
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I
Entrevues ou rêvées, les îles — des îles — sont présentes, éparses, dans les Fleurs du mal : îles de l'océan Indien, jamais nommément désignées mais dont le souvenir imprègne l'Hymne à la beauté, Parfum exotique ou encore La Chevelure ; îles de Méditerranée, Cythère, Lesbos, vers lesquelles Baudelaire projette rêves ou hantises.
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