Walter Benjamin

Publié le par HEBAKE

Biographie :
Écrivain, essayiste et traducteur allemand qui conjugua la théologie, la philosophie du langage et le marxisme. Il se rend à Paris dès 1913, et c'est là qu'il se réfugiera à partir de 1933. Il fut proche d'Adorno, Horkheimer, Brecht. Walter Benjamin (1892-1940). C’est un penseur mal entendu. Philosophe, critique d’art, journaliste ou encore traducteur, témoin vivant d’une époque en plein chaos dont la pensée se fait l’écho, Walter Benjamin est avant tout un homme parmi d’autres pour qui la liberté est un maître mot. Sa seule patrie deviendra une Europe en plein déchirement.
Qu’est-ce qui a poussé Walter Benjamin à se donner la mort par empoisonnement à la morphine, le soir du 26 septembre 1940, dans le petit village pyrénéen de Port-Bou ? Originaire d’une famille juive allemande, il poursuit à Berlin et à Munich des études de philosophie, jusqu’à son doctorat sur le romantisme allemand. Sa thèse est mal accueillie et ne lui permet pas d’obtenir un poste d’enseignant à l’université.
En 1914, alors que la première guerre mondiale éclate, il est marqué par le suicide de plusieurs de ses amis. Il fait la connaissance de Gershom Scholem, qui deviendra le spécialiste mondial de la mystique juive. De leur dialogue, Walter Benjamin tire une réflexion théologique qu’il applique au langage. Parallèlement, il s’intéresse à la pensée marxiste, encouragé par sa rencontre avec la révolutionnaire ukrainienne Asja Lacis.
Ce grand voyageur collectionne les jouets, s’adonne au jeu et apprécie le hachisch. Admirateur de Kafka et de Klee, il ne cesse de parcourir l’Europe de l’entre-deux-guerres : Paris, Ibiza, Danemark, Italie… sans jamais arrêter d’écrire, et cherchant en vain à être reconnu, à être entendu. Marié à Dora Pollack dont il a un fils, Stefan Rafael, mais tourmenté par de nombreuses histoires d’amour infructueuses, il finit par divorcer. L’amour aussi est souvent pour lui source de malentendu. Malgré ses amitiés avec Bertold Brecht, Ernst Bloch ou encore Hannah Arendt, Walter Benjamin a du mal à trouver le bonheur : « l’espoir, c’est fait pour les désespérés » écrira-t-il. Exilé et pauvre, drogué et mal aimé, il songe plusieurs fois à se suicider.
Alors qu’Hitler accède au pouvoir, ses amis se réfugient à l’étranger. Chassé d’Allemagne, il reste à Paris, « patrie pour les sans patrie », « capitale du XIXe siècle », ville de Baudelaire ou de Proust, auteurs qu’il traduit et commente assidûment. Mais la France est occupée. Ses amis philosophes Adorno et Horkheimer lui procurent un visa américain, mais il est trop tard. Il ne lui reste plus que la frontière espagnole pour fuir. Il est arrêté. Ce « romantique moderne » est alors usé par la vie. Celui que sa mère appelait « Monsieur Maladroit » n’a plus la force de supporter cette nouvelle épreuve. Il préfère mourir que d’être livré à la Gestapo.
La
vie de Walter Benjamin est une série de malentendus. C’est surtout sa personne que l'on n’a pas su entendre. Et il faudra encore de nombreuses années après sa disparition pour qu’on reconnaisse le génie et la modernité de l’œuvre de cet homme aux talents multiples.
1. La puissance du langage
A côté d’une approche sociologique, il développe une philosophie du langage qui insiste sur ses fonctions « mystiques ». Le critique ou le traducteur a pour vocation de « libérer le pur langage captif dans l’œuvre ». Le mot est capable de conduire au divin, quand il est exprimé dans sa nature la plus pure. Ainsi, la parole du poète ou encore celle de l’écrivain nomme les choses en leur vérité. Sa théorie s’inspire du romantisme allemand de Goethe, de Hölderlin et de la tradition juive : « Le langage est tout simplement l’essence spirituelle de l’homme ». « Sur le langage » in Œuvre I p148.
2. « L’aura » propre à l’art
Walter Benjamin explique qu’avec le développement des nouvelles formes d’art comme la photographie ou le cinéma, l’art peut être reproduit à l’infini et perd ainsi son caractère sacré, son « aura ». En revanche, l’art devient plus accessible et s’ouvre à tous. Par ces progrès techniques, l’art devient la propriété des masses et donne au spectateur une nouvelle responsabilité, celle de juger à titre individuel de l’authenticité d’une œuvre : « Au temps d’Homère, l’Humanité s’offrait en spectacle aux dieux de l’Olympe ; c’est à elle-même aujourd’hui, qu’elle s’offre en spectacle (…). Voilà l’esthétisation de la politique que pratique le fascisme. Le communisme y répond par la politisation de l’art ». « L’œuvre d’art » in Œuvre III p113.
3. Un sens nouveau à l’Histoire
Les traductions ou commentaires benjaminiens sur Baudelaire, Proust, Green, Kraus ou Kafka, les passages parisiens devenus le « théâtre de tous ses combats et de toutes ses réflexions », sont autant d’occasions pour approfondir ses thèses sur l’histoire. Il estime que le présent s’explique qu’en rupture avec le passé. Par exemple, à la lumière du surréalisme, l’histoire se comprend différemment. Cela s’applique particulièrement à son époque, dont il dénonce l’oppression et la violence : « chaque époque devra de nouveau s’attaquer, à cette rude tâche : libérer du conformisme une tradition en passe d’être violée par lui »

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