Maryse Condé

Publié le par HEBAKE

Chercheuse, enseignante et militante littéraire, cette « fanm doubout » est aussi l’auteur de nombreux ouvrages relatifs à l’Afrique, à la créolité et à la question de l’identité noire.

"Fanm doubout"

Née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, Maryse Boucolon, cadette d’une famille de huit enfants, était, selon ses dires, une enfant solitaire et sombre. A 16 ans, elle débarque à Paris pour suivre des études de Lettres classiques à la Sorbonne.

L’Afrique au coeur
En arrivant dans l’Hexagone, elle prend conscience de la couleur de sa peau, ce qui la poussera, quelques années plus tard, à se rapprocher du Continent noir « pour découvrir la signification et l’importance de cette différence ».
En 1959, elle épouse Mamadou Condé, un acteur d’origine africaine, et, avec lui, elle part enseigner en Côte d’Ivoire.

Découvrir l’Afrique
Pendant plus d’une décennie, au Ghana, en Guinée, au Sénégal, elle apprendra à connaître ce continent alors à peine décolonisé. Les années soixante-dix marquent le début d’un changement de cap dans sa vie. Elle divorce puis revient en France où elle enseigne dans différentes universités. En 1982, elle épouse un Américain, M. Philcox, et trois ans plus tard, va exercer son métier d’enseignante à Los Angeles. Après une longue escale en Guadeloupe, elle s’installe définitivement aux Etats-Unis en 1987.

L’expérience africaine

Lorsqu’elle décide de « comprendre sa négritude », elle se lance dans la quête de ses origines, dans les traces de Marcus Garvey qui prône le retour à la terre des ancêtres.

Le temps des désillusions
Une fois sur place, pour elle, le choc est grand : étrangère sur le continent noir, elle réalise qu’Antillais et Africains ne forment pas un même peuple qui serait seulement divisé par l’esclavage. Pour elle, la race n’est pas le facteur essentiel et seule la Culture devient primordiale.

Desirada, Segou et les autres...

C’est à l’âge de 35 ans que Maryse Condé, le verbe clair et l’expression franche, fait ses débuts d’auteur. Elle se fait romancière, essayiste, conteuse et nouvelliste.
La recherche de ses racines se retrouve dans ses écrits. Nombre de ses ouvrages ont ainsi trait à l’Afrique, à la condition des Noirs dans le Monde et à l’esclavage.

Des héros sombres mais humains
De sa quête identitaire naissent entre autres « La vie scélérate » (1987) et « Moi, Tituba, sorcière noire de Salem » (1986) qui illustrent les thèmes de l’intolérance et du racisme.
Dans ses romans, ses personnages sont tour à tour à la recherche de leur identité, tiraillés entre deux cultures ou exclus de la société dans laquelle ils évoluent - à l’image des protagonistes de « Heremakhonon » (1976), de « Une saison à Rihata » (1981) et de la « Traversée de la mangrove » (1989). Avec « Ségou » (1984-1985), la romancière prend définitivement place dans le panthéon des grandes figures de la littérature antillaise. Cette fresque, qui a pour cadre le Mali, relate l’histoire d’une famille partagée entre islam et traditions, sur fond de grandeur et de décadence du royaume Bambara.

La consécration

Le "Prix de l’Académie française" qu’elle se voit remettre en 1988 n’est que le premier d’une longue série. Elle se verra ainsi attribuer neuf distinctions littéraires - tels que les "Prix Carbet de la Caraïbe" en 1997 pour « Desirada » et le "Prix Marguerite Yourcenar", en 1999, pour « Le cœur à rire et à pleurer ». Devenue membre honoraire de l’Académie des Lettres du Québec en 1998, elle reçoit plus récemment la distinction de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2001.

Une "militante littéraire"

Présidente du département d’études francophones qu’elle a créé à l’Université de Columbia (Etats-Unis), Maryse Condé a toujours déployé de nombreux efforts pour promouvoir la plume antillaise. Ainsi, cette enseignante en littérature francophone est notamment à l’origine de la création du "Prix des Amériques insulaires et de la Guyane" qui récompense le meilleur ouvrage antillais quelle que soit sa langue de publication. Outre les nombreux colloques qu’elle a organisé sur le sujet, elle est l’auteur d’anthologies, véritables contributions à la recherche : « La Poésie antillaise » (1977), « Penser la créolité » (1995), ou encore « l’Héritage de Caliban » (1992).

Ses ouvrages

-  Une saisson à Rihata, Laffont, Paris, 1981.
-  Ségou : Les murailles de terre, Laffont, Paris, 1984.
-  Ségou : La terre en miettes, Laffont, Paris, 1985.
-  Moi, Tituba, soricère noire de Salem, Mercure, Paris, 1986.
-  Le coeur à rire et à pleurer, Laffont, Paris, 1999.
-  Célanire cou-coupé, Laffont, Paris, 2000.

Gladys Lepasteur le 9 février 2005

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